Comment le jean est-il redevenu notre uniforme de travail ?

1 Juin 2016
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On porte le jean au travail avec beaucoup de chic et d'élégance.
Vêtement de travail à l'origine, le jean a connu des hauts et des bas pendant son histoire. Alors comment est-il devenu aujourd'hui, une pièce dont on ne peut plus se passer, y compris pour aller au bureau ?

Qui n'a jamais porté un jean ? Véritable must-have, le pantalon en denim connaît une vraie success story. Uniforme de travail à pièce mode invitée sur les podiums, comment est-il (re)devenu notre pièce préférée pour aller travailler ?

L'uniforme des miniers américains

Créé en 1853 aux USA par Lévi Strauss, le jean était à la base utilisé par les chercheurs d'or, les mineurs et les vachers, mais aussi par les esclaves dans les champs de coton. Et pour cause ! Pour faire face à la rigueur de leurs métiers, ils avaient besoin d'un vêtement résistant, capable de les protéger. Ils portaient alors par-dessus leurs propres habits, des salopettes appelées "overalls", taillées dans des toiles de tentes et de bâches. En 1860, Lévi Strauss décide de remplacer ce lourd tissu peu adapté, par une toile de coton à armure de serge, aujourd'hui connue sous le nom de toile denim, qui fut teintée dans un bleu indigo : c'est la naissance du blue-jean. Certains mineurs reprochent néanmoins à ce vêtement de travail le fait que les poches finissent par se déchirer lorsqu'elles sont remplies d'or. Pour remédier à ce problème, l'inventeur du blue-jean s'associe à un couturier nommé Jacob Davis pour créer un jean aux poches solidifiées par des rivets en cuivre. En 1873, le brevet du blue-jean avec poches rivetées est déposé. Ce jean, encore plus résistant, est alors vendu 1,46$ aux mineurs californiens.

Le jean, vêtement de guerre

Le jean suit l'histoire et s'adapte aux évolutions sociétales. Durant les années 1920, le jean est essentiellement porté par les ouvriers travaillant dans les usines. En 1926, Lee Company met sur le marché le premier pantalon avec fermeture éclair afin de le rendre encore plus pratique. Jusqu'en 1933, ces ouvriers en "bleu de travail" sont appelés les cols bleus, en opposition aux cols blancs, soit les cadres et les patrons vêtus de chemises blanches. La Seconde Guerre mondiale éclate. Le jean est très apprécié, autant pour sa résistance que pour son prix bon marché. Les hommes partis au front, les femmes les remplacent dans les usines et adoptent elles aussi ce bleu de travail. Dans le même temps, Levi's fournit des uniformes en denim aux marins de l'U.S Navy pour leurs permissions. C'est à ces derniers que l'on doit d'ailleurs l'arrivée du célèbre 501 en Europe.

L'expansion du jean

Le jean n'est plus seulement destiné aux ouvriers, il devient un vêtement de prêt-à-porter du quotidien. Du moins pour les hommes car, pour les femmes, c'est encore un pantalon de loisirs. Dans les 50's, le jean est dans le creux de la vague. Porté essentiellement par les blousons noirs et les bikers, il devient la pièce des bad boys, au point que plus personne ou presque n'ose l'arborer. Il retrouve une place de choix dans notre dressing à la fin des années 1960. Les seventies marquent un tournant dans l'histoire de ce pantalon pas comme les autres. Adopté et surtout customisé par les hippies, le jean devient le symbole de toute une génération en quête d'indépendance et de liberté. Désormais, le pantalon en denim est partout dans les rues, mais il est encore considéré comme un vêtement casual. La réintégration du jean dans le monde du travail va venir des Etats-Unis. Dans les années 1990, les entreprises américaines instaurent le Casual Day. Le principe ? Autoriser les salariés à venir travailler avec leurs habits de tous les jours, dans le but d'atténuer les fractures sociales et les niveaux de hiérarchie. Chaque vendredi du mois, le costume-cravate est donc remplacé par le combo polo-jean. Les entreprises françaises prennent exemple sur ces sociétés et mettent en place le Friday Wear.

2016, le jean sinon rien

Le jean est aujourd'hui le pantalon que les hommes portent le plus souvent. Pour sortir, mais aussi pour aller travailler. On se souvient notamment de Steve Jobs, qui s'affichait en jean et col roulé noir moulant, lors de ses présentations. Pour autant, le port du jean est-il bien perçu dans toutes les entreprises ? Pas vraiment. D'autant que la Cour de cassation estime que cette liberté d'habillement au temps et au lieu de travail ne caractérise par une liberté fondamentale telle que le sexe, l'âge, les opinions politiques ou les convictions religieuses qui, quant à elle, ne peut emporter aucune restriction. Selon la tâche, l'employeur peut donc imposer le port de vêtements de protection pour un travail dangereux ou un costume dans le cadre d'une relation client, par exemple. Par contre, l'employeur ne peut reprocher à une salariée de s'être rendue chez un client en jean et baskets "alors qu'une telle tenue n'est, en elle-même, de nos jours et dans un tel contexte, ni incongrue ni déplacée, mais demeure au contraire parfaitement correcte, pour autant qu'elle soit normalement soignée" (Cour d'appel de Paris, 2008). Si l'on décide de porter un jean au bureau, mieux vaut toutefois privilégier les jeans les plus basiques comme le straight et le slim dans une toile brute, histoire de rester élégant. Avec une veste de blazer et une belle chemise, ça devrait passer.