« Blue jeans » de Lana Del Rey : décryptage d'un tube

14 Déc 2015
Si le jean a une énorme emprise sur nous, on monte d'un level avec la chanson "Blue Jeans" de Lana Del Rey. Dans son clip, la chanteuse personnifie le denim pour mieux s'adonner à sa passion dévorante.

A 30 ans, Elizabeth Woolridge Grant, alias Lana Del Rey, nous prouve qu'on peut être autodidacte et marquer la pop culture de son empreinte. Pour nous, les fans de denim, son plus gros tube reste "Blue Jeans". On revient sur ce titre et surtout, sur ce clip en noir et blanc reprenant les codes du film noir. Derrière sa moue boudeuse et sa plastique de femme fatale, Lana Del Rey apparaît plus fragile que jamais, dans les bras d'un homme super hot. Mais qu'essaye-t-elle de nous dire ?

Deux clips pour un seul titre

Lana Del Rey s'est fait connaître du grand public avec son titre "Video Games", sorti en 2012 sur l'album "Born to Die". Avec "Blue Jeans", extrait du même album, la mélancolie qui émane de sa voix suave nous embarque dans un univers figé dans le temps, à l'image des boucles façon old Hollywood de l'interprète. Il existe deux clips de "Blue Jeans". Le premier, diffusé directement sur YouTube en 2011, a été réalisé par Lana Del Rey elle-même. Les images d'archives sont entrecoupées de séquences où l'on voit la chanteuse seule, d'humeur maussade, devant un mur. L'esthétique du clip est vintage, voire atemporelle, avec des couleurs passées. Le rapport au jean, quant à lui, passe inaperçu.

Après cette première version, touchante mais pas très pro, Lana Del Rey nous lâche une bombe visuelle signée Yoann Lemoine, a.k.a. Woodkid. Ce second clip nous plonge dans un monde encore plus mélancolique.

L'histoire d'une rencontre fatale

Les premières images mettent en scène la chanteuse, le visage submergé. On ignore si elle sort de l'eau ou si, au contraire, elle s'enfonce dans les profondeurs. Le ton est donné dès le premier couplet :

"Blue jeans, white shirt

Walked into the room, you know you made my eyes burn

It was like James Dean, for sure"

Lana nous décrit son coup de foudre instantané pour un homme vêtu d'un jean, lui rappelant James Dean, l'une des icônes de style des années 1950 qui a rendu le jean sexy. Le clip en noir et blanc nous fait découvrir le visage de ce mec ultra tatoué avec des écarteurs aux oreilles. Malgré son look de rebelle, il semble calme. Il tombe le jean pour se mettre à l'eau. Le charme opère sur la chanteuse. Elle le rejoint et s'offre à lui. Aussitôt dans la piscine, un crocodile surgit. Les images s'emmêlent dans un flou artistique et l'objet du désir de la starlette devient tantôt homme tantôt reptile. Il s'avance vers elle au ralenti comme un prédateur qui fonce vers une proie sans défense. D'autres congénères le rejoignent pour former une meute menaçante, ce qui n'empêche pas Lana Del Rey de succomber au charme de son irrésistible beau gosse.

La symbolique de la vidéo

Ce gars hyper charismatique en jean a une personnalité trouble. Face à l'attirance irrépressible que la chanteuse ressent, elle oscille entre un bonheur éphémère et une douleur infinie. Malgré ça, elle plonge les yeux fermés dans cette piscine qui ne peut rien lui apporter de bon. Une fin tragique se dessine et semble inéluctable. Quand le jeune homme séduisant se transforme et révèle enfin sa vraie nature, celle d'un dangereux crocodile, la résignation de la belle est frappante. Elle reste immobile, telle une sirène fragile, acceptant son terrible sort, pour peu que cela soit dans les bras de celui qu'elle aime éperdument.

Et le jean dans tout ça ?

On ne le voit presque pas et pourtant, le jean est omniprésent dans cette vidéo. C'est grâce à lui que l'homme mystérieux capte l'attention de la chanteuse au premier regard. Sans son pantalon en denim, il ne lui aurait jamais évoqué James Dean et il n'aurait donc pas eu d'emprise sur elle. Plus qu'une passion douce-amère entre deux êtres, cette histoire est une allégorie du pouvoir de l'homme insoumis, symbolisé par le blue-jean. On y voit une référence aux blousons noirs des années 1950, ces ados un peu voyous identifiables à leur perfecto et leur jean.

En fin de compte, la pin-up nous montre qu'il faut parfois braver le danger pour retrouver l'étincelle, la fureur de vivre. La chanson n'a pas pris une ride et le clip non plus. Alors on appuie sur le bouton replay pour la savourer, encore et encore...