Jean et mode : une longue histoire d'amour

12 Déc 2015
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Du vêtement de hippies à la pièce punk, le jean est une pièce mode au parcours fashion long comme la jambe.
Au même titre que la petite robe noire, le jean est un basique du dressing. De bleu de travail à pièce mode incontournable, voici son parcours fashion à travers les décennies.

Que de chemin parcouru par le denim ! Lorsque Levi Strauss imagine le premier jean, il ne s'attendait certainement pas à ce que le phénomène prenne une telle ampleur. Il faut dire qu'à ses débuts, le jean était un vêtement de travail loué pour sa robustesse, porté par les cow-boys, les mineurs et les fermiers. Pas très glamour tout ça.

Les femmes, quant à elles, l'ont adopté à l'approche des années 1920, soit deux ans après la création du premier jean woman (même si elles le réservent encore au travail et aux loisirs). 1935 marque un tournant dans l'histoire du blue-jean. Pour la première fois, le célèbre magazine de mode Vogue imagine une couverture avec deux femmes portant des jeans avec le slogan "True Western chic was invented by cowboy". Le denim, porté par le style western chic, fait une entrée timide dans la fashion sphère.

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Dans le film "Géant" (1956), James Dean est en jean et il donne chaud à Elizabeth Taylor.

1950, le jean devient une star d'Hollywood

Pièce des cow-boys par excellence, le jean s'invite sur grand écran grâce aux westerns. Arboré par les plus grandes icônes du cinéma hollywoodien de l'époque (Marlon Brando dans "L'Equipée sauvage" en 1953, James Dean dans "La Fureur de vivre" en 1955...), le jean se démocratise. De vêtement utilitaire, il devient le porte-parole d'une jeunesse rebelle en mal de liberté. Il est d'ailleurs adopté par les Blousons noirs, les rebelles de l'époque reconnaissables à leur cuir, leur jean, leur mobylette et leur langage charretier. Ces jeunes donnent une mauvaise image au pantalon en denim qui est interdit dans beaucoup de collèges et de lycées américains.

Autre étape marquante : en 1961 sort le film "Les Désaxés". On y retrouve une Marilyn Monroe moulée dans un blue-jean taille haute, plus sexy que jamais. Le denim devient alors un symbole de l'émancipation féminine.

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Les hippies aiment le jean, pourvu qu'il soit patte d'éléphant et brodé. Pour le chic, on repassera...

1960-1970, le jean chez les hippies

Les années 1960 sont marquées par la naissance du mouvement hippie. Rejetant la société de consommation et prônant la liberté d'expression, sexuelle et artistique, les hippies se démarquent par un style haut en couleurs qui contraste avec les costumes sombres de cette époque. Le jean s'évase vers le bas : c'est la création du patte d'éléphant. En plus de changer la forme traditionnelle du jean, les hippies le personnalisent à grand renfort de broderies, de perles, de fleurs, de coquillages, de patchs et le teintent. Ils utilisent notamment la technique du tye & die afin de créer des motifs aléatoires en dégradé de couleurs sur la toile. Le jean devient le reflet de la personnalité et des goûts de celui qui le porte. Anti-consommation, les hippies arborent leur jean jusqu'à ce qu'il soit complétement destroyed, donc importable, puis le conservent religieusement comme une relique.

C'est aussi en 1978 que le stoned wash, technique de délavage à base de pierres ponces, est inventé. Cela donne un nouveau souffle à la toile denim. Aujourd'hui, le jean patte d'éléphant hérité de ce courant contre-culture est l'une des seules pièces qui trouvent encore une place dans nos dressings.

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Le slim noir devient la pièce fétiche des punks. A ce stade, c'est presque un signe de ralliement.

1980, le jean fait dans la provocation

Dans les années 1980, deux courants s'opposent et le jean fait état de cette rupture culturelle. D'un côté, le mouvement punk avec les Sex Pistols en chef de file met en avant un dress code dark, à la limite du gothique, composé de pièces noires et destroyed où le port du slim devient presque obligatoire. Etroit sur les hanches et moulant les jambes comme une seconde peau, ce jean ultra-ajusté est adopté par les amateurs du genre qui s'amusent à le décorer de pin's et d'épingles à nourrice. Le slim leur permet d'exprimer un rejet de la société bourgeoise et de prôner l'anticonformisme.

A l'inverse de ce mouvement rebelle, les eighties sont également marquées par l'arrivée d'un style plus funky et tout aussi excentrique, révélé par Fame et Flashdance. Les cheveux se colorent, les tops deviennent fluo, les jupes sont lamées et les jeans sont lavés à l'acide, leur donnant un côté bleached. Le pantalon en denim se hisse bien haut sur les hanches et sculpte les formes. Le jean devient alors un objet de séduction, même s'il est mis à mal par les caleçons, les fuseaux et les leggings issus de la tendance aérobic. #enmodeVeroniqueetdavina

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Le jean est dans la place. Et il en prend beaucoup avec sa coupe extra-large.

1990, le jean devient une pièce street

Les nineties pourraient être baptisées les années jeans. En pantalon, en salopette ou en veste, le denim devient le roi de notre vestiaire. Mais exit le jean ultra-moulant ! Les jeans s'élargissent, portés par le mouvement hip hop et la tendance sportswear directement inspiré de la rue. On voit apparaître des coupes loose comme le baggy, ancêtre de notre cher boyfriend. Ce modèle extra-large se porte bas sur les hanches avec un cropped top pour les filles et des t-shirt XXL pour les garçons, mais aussi des baskets Air Max ou de grosses boots massives. On se rappelle ainsi des silhouettes de Rachel / Jennifer Aniston dans "Friends" ou Will Smith dans "Le Prince de Bel Air".

Toujours très urbain, les années 1990 marque le retour du carrot jean ou mom jean, un pantalon à taille très haute, un peu large aux hanches et aux cuisses et légèrement resserré vers le bas. On l'aime avec un délavage stoned ou double stoned, mais aussi un peu déchiré. Les stars de la série "Beverly Hills 90210" illustrent parfaitement cette tendance denim.

Autre révolution, en 1994, la plupart des jeans contiennent du lycra, c'est la grosse mode. Les pantalons en denim deviennent plus élastiques et donc plus confortables. Ils séduisent désormais les working girls au look plus formel, à la Ally McBeal. Après une overdose de couleurs et de délavages, 1997 marque le retour du jean brut.

2000, le jean en mode sexy bi***

Dans les années 2000, pour être fashion, il fallait enfiler un jean évasé en bas. Boot cut, flare, trompette ou patte d'eph', peu importe, pourvu que le modèle couvre les chaussures. Bien entendu, on ne faisait pas d'ourlet ! Du coup, notre jean s'élimait sur le sol et était trempé à chaque averse. Evasé en bas, mais aussi très, très taille basse. C'est la mode du "je porte un string et je veux que ça se voit" représentée par Britney Spears et Christina Aguilera. La classe, quoi ! Les nanas les plus dignes le portaient avec une grosse ceinture pour pouvoir s'assoir sans dévoiler leurs sous-vêtements.
A cette époque, on ne fait pas dans la simplicité. On aime que la toile soit délavée, les moustaches ont la cote et les trous étaient nos amis. Pièce jusque-là très populaire, le jean finit par intéresser les plus grands créateurs de mode. Tiens, il n'y aurait pas quelque chose à creuser là pour vendre des jeans à trois zéros ? Et ça marche ! Les jeans haute couture s'arrachent comme des petits pains.

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Aujourd'hui, on achète de nouveaux jeans qui ont l'air d'avoir 100 ans. Ça s'appelle la mode.

De nos jours

Dior, Chanel, Chloé, Balmain... les jeans intègrent les collections des marques de Haute Couture. Et leurs modèles s'arrachent à prix d'or, preuve que le jean ne connaît pas la crise. Plus qu'un vêtement du quotidien, les pantalons en denim deviennent un atout de séduction. Et contrairement aux robes de luxe qu'on ne porte qu'une seule fois en soirée, le jean peut être porté au quotidien, de quoi rentabiliser les 1 000 euros déboursés.

Si le jean est un basique, aujourd'hui, on l'aime tout sauf classique. Pour nous séduire, il doit être déchiré, usé, troué. Plus il a l'air d'avoir été maltraité, plus on l'adore. Et plus il vaut cher puisque la plupart des effets pour le vieillir artificiellement sont fait manuellement.

Que nous réservera le jean demain ? Difficile à dire car l'histoire du jean nous a montré qu'il est un basique plein de surprises. Et qu'il n'est pas prêt de quitter nos placards...