Jean : on passe la toile denim à la loupe

5 Nov 2015
avant-d-etre-bien-plie-dans-notre
Avant d'être bien plié dans notre dressing, le jean subit un long processus de fabrication.
Du pantalon taillé dans une toile de tente à la pièce mode, que de chemin parcouru par le jean. Si son succès ne fait pas un pli, les matières qui composent notre toile préférée nous sont encore inconnues. Plus pour longtemps ! On voulait tout connaître sur le jean jusque dans sa moindre trame, on va être servi.

On pensait être incollable sur le jean... Fabrication du blue-jean, tendance denim, anecdotes historiques, coupe belles fesses, c'est vrai qu'on en sait pas mal. Mais finalement, sait-on vraiment comment est fabriquée notre toile préférée ? Fils, tissage, trame, petit cours de rattrapage pour les nuls.

La toile de Nîmes à la toile denim...

Un peu d'histoire du jean d'abord parce qu'on ne veut pas mourir idiot... Au XVIIe siècle, des tisserands nîmois tentent de copier une toile, mix de coton et de lin, fabriquée à Gênes. Echec. Mais à force de persévérance, ils arrivent enfin à produire un tissu similaire grâce à une technique particulière, appelée "sergé de Nîmes". Il s'agit d'une toile de coton à armure de serge, de couleur crème et ultra-résistante, utilisée pour les bâches des tentes et les voiles de navire. Oui, on sait, ce n'est pas sexy. Ils sont ensuite une autre idée : envoyer cette toile de serge à Gênes pour la faire teindre en bleu indigo. Et là, c'est le jackpot ! Cette nouvelle toile cartonne.

Garder le serge denim pour les tentes et les bateaux, c'était un peu dommage. Pourquoi ne pas l'utiliser pour créer des vêtements de travail super-solides ? C'est la réflexion qu'a dû se faire un certain Levi Strauss, marchand de tissu autrichien émigré aux Etats-Unis, en 1860. Pour réaliser son rêve, il s'associe à un tailleur nommé Jacob Davis qui le renforce avec des rivets en cuivre. Ensemble, ils imaginent un pantalon en toile denim très largement adopté par les mineurs. The jean comes true.

fil-trame-tissage-on-observe-la
Fil, trame, tissage, on observe la toile denim de près pour savoir si notre jean est de bonne qualité.

La qualité d'un jean ne tient qu'à un fil

On l'aura compris, la toile denim authentique est composée de coton à 100%, ce qui la rend très rigide. Pour rendre notre jean plus confortable, de nombreuses marques intègrent à sa composition un pourcentage plus ou moins élevé d'élasthanne ou d'autres matières stretch (de 2% à 40% pour les jeans seconde peau). Mais les relous puristes nous diront que ce n'est pas un vrai denim !

On pense que du fil de coton et ben c'est... du fil de coton ? On a tort !

Il existe deux types de fils, ce qui change pas mal la qualité du jean. The best ever ? Le fil torsadé qui se compose de trois fils torsadés entre eux, chacun composé de plusieurs fibres de coton torsadées entre elles. Un procédé complexe mais gage de qualité et de résistance ! Le second est un fils soudé composé de fibres de coton torsadées entre elles et c'est tout. Plus facile et économique à confectionner, il est aussi moins solide. Dans la vague écolo qui submerge l'industrie du jean, la société américaine Cone Denim a imaginé un fil conçu en partie grâce au recyclage des bouteilles de bière et de sodas. On fait déjà des polaires avec ça, donc pourquoi pas des jeans après tout ?

de-ces-fils-bleu-indigo-nait-le-blue
De ces fils bleu indigo naît le blue jean.

De ces fils bleu indigo naît le blue jean.

La trame d'un jean

Pour fabriquer cette toile denim (la vraie, la dure), plusieurs fils sont enchevêtrés les uns avec les autres. D'une part, des fils bleus indigo (les fils de chaîne) et de l'autre, des fils blancs (les fils de trame). C'est ce chassé-croisé de fils qui donne cet aspect chiné propre à notre blue jean. Pour rendre cette toile supra-résistante, elle est tissée très serrée selon un angle de 90°. Pour autant, il existe trois méthodes de tissage, qui donnent chacune une toile différente.

La première ? Le tissage gauche. Les fils sont tissés de manière à tracer des lignes partant du coin supérieur gauche vers le coin inférieur droit. La deuxième est le tissage droitier. Ici, les lignes partent du coin supérieur en direction du coin inférieur gauche. On pourrait croire que c'est un détail et pourtant, non ! Ces deux tissages donnent tous les deux une orientation à notre jean, car la toile se tord dans un sens ou dans l'autre. Du coup, à la longue, les coutures de notre jean ne sont plus parallèles, ni même droites. Heureusement, il existe une troisième méthode de tissage appelée broken, qui combine les deux autres et qui est reconnaissable à sa trame en zigzag. Là, notre jean ne bouge pas.

la-toile-selvedge-the-best-ever
La toile selvedge, the best ever... mais aussi la plus chère !

La toile selvedge, une pièce rare !

La toile selvedge, c'est le top du top en matière de denim mais elle reste rare et, de ce fait, très chère. Pour la reconnaître, il suffit de retrousser le bas d'un jean. S'il y a une bande crème à liseré coloré (traditionnellement rouge, mais il change de couleur selon les marques), c'est un jean selvedge. À la base, cette bande de toile permet de renforcer le jean et d'éviter qu'il ne s'effiloche. Et ce n'est pas le seul truc qui fait que le selvedege est plus solide que les autres. Tout se joue aussi dans le tissage. Contrairement aux autres denims, le selvedge est confectionné à partir d'un seul fil de trame, qui n'est jamais coupé aux extrémités et ce fil de trame passe plusieurs fois entre chaque fil de chaîne.

Attention quand même aux faux ! Certaines marques cousent un liseré sur les extrémités du jean. Pour ne pas se faire berner, on soulève la poche à ticket (la mini poche intégrée dans la poche gauche avant). Elle aussi doit avoir un petit liseré rouge ! #onvapasnouslafairealenvers

Que l'on se rassure, si on n'a pas les moyens de s'offrir un jean selvedge, de nombreuses marques, à l'image de Kaporal, proposent des jeans de bonne qualité.