Kaporal Mayor #9 : Lou, tatoueuse franco-japonaise

18 Mar 2016
Plus que de vous parler d'une personnalité inspirante, ce mois-ci, Kulture Jean vous fait découvrir un autre univers, pour ne pas dire un autre monde, à travers le portrait de Lou, une artiste tatoueuse made in Japan.

Après vous avoir dévoilé les portraits de Mike, le musicien et producteur et de Cyrille, le basketteur professionnel, Kulture Jean a décidé de vous présenter Lou Sellier, aussi connue sous le nom d'artiste Neco. Sa spécialité ? Les tatouages !

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Lou, je suis tatoueuse sous le nom de Neco, mon nom d'artiste, j'ai 25 ans et je suis franco-japonaise. J'ai passé mon enfance en France mais toute mon adolescence au Japon jusqu'à mes 21-22 ans. Je suis aussi allée vivre un an en Californie donc je suis un peu multiculturelle ! Je suis revenue en France il y a quatre ans.

Pourquoi te fais-tu appeler Neco ?

"Neko" veut dire "chat" en japonais. Tout le monde pense que c'est parce que j'adore les chats, ce qui est vrai, mais cela n'a rien à voir. Dans les signes astrologiques chinois, il y a 12 animaux et le chat devait initialement y être. Sauf qu'il s'est fait avoir par le rat ! L'histoire, c'est que sur demande de l'Empereur de Jade, un génie a convié tous les animaux pour former le Zodiaque. Le chat aimant faire des siestes, il avait demandé à son ami le rat de le réveiller si quelque chose d'important se passait. Sauf que, pour arriver le premier, le rat est parti sans le prévenir pendant son sommeil. Le chat a fini par se retrouver tout seul. J'aime aussi la double personnalité du chat.

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Un chat à la sauce jap', c'est du Neco !

Peux-tu me présenter ton univers...

Mon univers ? Je suis encore et toujours à sa recherche. Ça fait un et demi que je tatoue et je me suis posée sur le noir et blanc, même si je fais un peu de couleurs, parce que je préfère que mes dessins symbolisent la tristesse, la colère, etc. mais toujours avec de l'espoir ! Mon univers est assez dark. Je m'inspire aussi beaucoup du hip hop, tout simplement parce que j'aime ça. Il y a aussi des chats, des éléments asiatiques, surtout japonais, et hindous car je suis bouddhiste. Mon style, c'est japonais hybride en fait (Rires) !

Utilises-tu une technique particulière pour tatouer ?

Non. Au Japon, j'ai appris à faire du bambou [ndlr : technique manuelle de tatouage utilisant une fine tige de bambou sur laquelle sont montées des aiguilles]. Le bambou est moins agressif et fait moins mal qu'une machine mais cela prend beaucoup de temps. En ce moment, j'utilise une machine avec des aiguilles fines donc ça fait un peu mal (Mdr).

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Lou a beau avoir un univers dark, son personnage est haut en couleur !

Tu viens du Japon, or le tatouage a mauvaise réputation là-bas. Alors pourquoi avoir choisi cette voie ?

Quand j'étais jeune, je me cherchais... J'ai rencontré la culture californienne au Japon, vachement punk, et c'est de là que je me suis intéressée au tatou. En référence à cette culture américaine, mes premiers tatouages sont très colorés, assez old school. J'ai beaucoup trainé avec des gens de l'univers de la musique punk qui sont pour la plupart tatoués. Mais c'est vrai qu'au Japon, le tatouage est associé au milieu mafieux. Il est même carrément interdit ! Le milieu du tatou est très dur, c'est à l'ancienne, mais j'ai eu la chance de voir du très grand niveau. Ensuite, c'est mon entourage qui a fait que j'ai pu avancer plus vite. Mon ex était tatoueur et il était bon. Je l'observais.

Qu'est-ce qui fait un bon tatoueur ?

Pour être un bon tatoueur, il faut déjà savoir faire des lignes. Je tatoue depuis un an et demi mais j'arrive à me dire que je suis vraiment tatoueuse depuis neuf mois seulement. J'ai passé des étapes. J'ai un diplôme de calligraphie et j'ai fait dix ans de peinture à l'huile donc j'ai déjà quelques bases. Ayant été élevée à la japonaise, je m'impose aussi une certaine rigueur.

Où puises-tu ton inspiration ?

D'artistes-tatoueurs japonais car j'aime leur précision, mais aussi de certains artistes hip hop comme Biggie Smalls, un rappeur des années 1990 dont les textes me font penser à ma vie. Après, je fonctionne beaucoup aux rencontres, au moment présent. Je me fie beaucoup aux signes, j'observe, j'écoute, j'échange... Ce sont souvent les gens que je rencontre qui m'inspirent. En fait, c'est en vivant, dans la réalité, que je trouve l'inspiration ! Tous les deux mois, je voyage pour me rafraîchir le cerveau.

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Neco s'apprête à passer à l'action !

Qu'est-ce qui te plaît dans le tatouage ?

Le tatou m'a appris les valeurs humaines, notamment grâce au contact avec les clients. J'ai appris la dignité, la patience et la compassion. Parce que quand tu as une personne qui a mal à côté de toi, tu ne peux pas rester froide. Il faut lui parler, la rassurer. Je retire aussi beaucoup de fierté à exercer. Il faut être conscient qu'une personne nous fait assez confiance pour nous donner sa peau. C'est un métier où il y a une notion de Kancha, le merci au Japon, car les clients nous remercient de leur avoir fait une oeuvre et nous, tatoueurs, les remercions pour leur confiance. Sans le client, nous ne sommes rien ! Tatouer, c'est aussi créer du lien avec les gens. C'est drôle mais une personne qui vient se faire tatouer se livre à toi à trois secondes. Si j'avais un tatoo shop, je l'appellerai le Goen Tatou. Le goen, c'est le lien entre les gens, quand tu rencontres une personne, ce n'est pas par hasard, c'est très spirituel. Cela désigne aussi la pièce de cinq yen en japonais, c'est pour que cela qu'on la jete en offrandes dans les temples japonais. Ce qui m'importe, c'est que les gens aiment mes tatouages mais aussi qu'ils apprécient ma personnalité, mon univers.

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Lou a le tatouage dans la peau !

Et toi, tu as l'air d'être pas mal tatouée ?

Je n'en veux plus moi (rires) ! Je n'ai pas compté mais ça suffit ! J'ai encore certaines parties de mon dos, de ma jambe gauche et l'un de mes avant-bras qui sont encore vides. Mais maintenant, je préfère tatouer les autres. J'ai failli me faire un paresseux sur une branche de cerisier pour signifier la slow life mais, au final, ça ne s'est pas fait... peut-être parce que je n'en avais pas vraiment besoin.

As-tu un tatouage préféré ?

Je ne sais même pas si je les aime ! Même si je ne me verrais pas sans eux...

Alors quel est celui qui te représente le plus ?

C'est une tête de loup sur un corps d'aigle (ndlr : sur son avant-bras). L'aigle, c'est l'emblème de l'Amérique et je suis fan de ce pays. C'est aussi le symbole de la force dans le tatouage. Le loup, c'est parce que je m'appelle Lou. Mon père était fan de contes et notamment du Petit Chaperon Rouge. Le loup, c'est toujours le méchant, et il pensait que je serais un petit monstre donc il m'a appelé Lou.

Quels sont tes projets ?

J'ai commencé à être illustratrice pour un camp de danse, je gère toute leur direction artistique. Pour eux, j'adopte un style mangastique. Ça me plaît car, quand j'étais jeune, je voulais être mangaka. J'ai aussi commencé à prendre des cours de danse hip hop, j'ai toujours voulu le faire. Par la suite, j'aimerais trouver un salon qui fasse concept-store et partir au Canada d'ici moins de cinq ans. Je recherche des bonnes vibes !

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Kawai, street, rétro, Lou mixe les styles pour ne ressembler à personne.

Que représente la mode pour toi ?

J'adore la mode, c'est une façon de s'exprimer. J'aime tout ce qui est pièce unique car l'idée de marcher dans la rue et de ne voir personne habillée comme moi me plaît. Je n'ai pas vraiment de style mais je dirais que c'est un mix de street yankee hip hop, de rétro fifties aux nineties, de motifs japonais et un peu de girly. Je vais mettre une mini-jupe avec une grosse veste à l'ancienne de yakuza, des baskets et un béret, par exemple. J'aime mélanger les styles en fait !

Et le jean dans tout ça ?

Je peux porter toutes les coupes, ça dépend de mon humeur du jour. Par contre, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai du mal avec les jeans qui ne sont pas déchirés. Je me sens toujours obligée de les couper aux genoux, aux cuisses ou de gratter la toile.

Tatouage et mode, est-ce incompatible ?

Non, bien au contraire ! De base, il y a déjà un phénomène de mode autour du tatouage. Comme dans la mode, il y aussi un côté très esthétique dans le tatouage, qu'il soit polynésien ou japonais. N'importe quelle forme ne peut pas aller sur n'importe quelle partie du corps ! Quand tu fais un tatou, tu penses aussi à son emplacement, à comment il pourrait rendre cool avec un T-shirt, par exemple. Le tatouage, c'est un tout : le visuel, le sens, par qui tu te fais tatouer. Il faut que le tatouage ressemble à la personne qui le porte. C'est comme les fringues !

Quelles sont tes pièces Kaporal préférées ?

Le blouson Pita Blanc de la collection Maksim, la jupe Noan Black et le gilet Nopy Milk. J'adore les imprimés !

SHOP THE JEANS

Blouson Pita femme, Kaporal x Maksim
Blouson Pita femme, Kaporal x Maksim
85,00
Jupe Noan Black femme, Kaporal
Jupe Noan Black femme, Kaporal
55,00
Gilet Nopy Milk femme, Kaporal
Gilet Nopy Milk femme, Kaporal
59,00