L'histoire du baggy, à la croisée du hip-hop et de la mode

7 Fév 2016
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Vous pensiez que le baggy venait de la culture hip-hop ? Oui et non, ça ne pouvait pas être aussi simple.

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, le baggy fait partie des jeans ayant marqué l'histoire de la mode. Et il n'a pas toujours été là où on l'attendait...

Le baggy, le hip-hop, deux histoires qui s'entremêlent mais ce n'est pas aussi simple. En fait la coupe de jean la plus large du vestiaire masculin a connu deux naissances quasi simultanées. Si, si, c'est possible ! On pense peut-être plus spontanément à la rue, mais il est entré par la grande porte dès le départ, celle de la mode, la vraie.

Pour en savoir plus sur l'origine de ce jean, il faut se pencher sur le cas des prisonniers américains. Cela peut paraître absurde, mais ces hommes pas très fréquentables furent les early-adopters de ce jean, un peu malgré eux. Comment lancèrent-ils cette mode ? Ce n'est pas en raison de leur âme de trendsetteurs mais pour un problème d'ordre pratique. Pour empêcher les détenus de se suicider dans leur cellule, on leur interdisait les ceintures car certains s'en servaient pour se pendre (gloups). Les pantalons de ces messieurs, déjà pas très ajustés à la base, apparaissaient alors encore plus loose et montraient une partie de leurs caleçons.

1977 : le coup de génie de Marithé + François Girbaud

Avant de devenir le signe de ralliement de la culture hip-hop, le baggy naquit entre les mains habiles du duo Marithé + François Girbaud. Les stylistes français, grands innovateurs des techniques de délavage de la toile denim, firent trembler la fashion sphère en créant le baggy en 1977. Pour resituer, à l'époque la mode était au jean straight, encore appelé "cigarette" en référence à sa coupe droite et élancée. Autant dire que le baggy arrivait comme un cheveu sur la soupe. Surtout que ce nouveau venu au rayon denim était imprégné d'une image pas très reluisante. Inspiré des uniformes des prisonniers américains, il n'était pas particulièrement synonyme d'élégance... Mais, comme pour l'attirail interdit des blousons noirs, le hasard en voulut autrement.

Une entrée fracassante au cinéma

Six ans après la sortie du premier baggy, c'est au cinéma que la version féminine de ce jean explosa. Le monde entier aperçut le denim XXL porté par Jennifer Beals dans "Flashdance", et les jeunes femmes s'empressèrent de copier le look de la starlette. Le couple français parvint même à faire de la jolie brune son égérie. Elle fit la promotion du film sans quitter son Cargo Baggy, signé Marithé + François Girbaud. Ce fut un coup de pub colossal pour la marque, mais aussi une décision qui scella le destin du baggy et du streetwear en général.

Question de timing ou juste la légitimité de Marithé + François Girbaud ? Toujours est-il que le baggy plut et permit au streetwear de faire un premier pas dans le monde de la mode. Ce microcosme fermé s'ouvrit alors à un univers urbain qui lui était jusqu'alors totalement étranger.

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Les rappeurs n'ont pas tardé à reprendre le dress-code des prisonniers américains pour gagner en street cred'.

Voyage aux origines du hip-hop

Parallèlement, les représentants d'un courant nouveau, le hip-hop, adoptèrent le jean extralarge dans le South Bronx à New York au début des années 1980. Là aussi, cela marquait un changement considérable car avant cela, les tout premiers rappeurs arboraient des tenues héritées du disco. Le patte d'eph' était de rigueur et on le portait avec des blousons en cuir. Mais il est peu probable qu'ils se soient inspirés des grands couturiers pour opérer leur transformation stylistique. En réalité, les ex-taulards imposèrent leur nouveau look lors de leur réhabilitation. Peu à peu, des artistes s'en servirent comme d'un gimmick pour avoir l'air de bad-boys. C'est ainsi qu'ils contribuèrent à ériger le baggy en symbole de la culture urbaine. Il devint un véritable phénomène de mode, que les danseurs hip-hop reprirent naturellement pour ressembler aux rappeurs des groupes qu'ils écoutaient et sur lesquels ils exécutaient leurs chorégraphies.

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Rappeurs, actrices, danseurs et skateurs, le baggy a fini par gagner toutes les strates de la street culture.

Depuis, les règles n'ont pas vraiment changé, si ce n'est que les skateurs et les icônes du R'n'B aussi (à l'instar de Justin Timberlake ou de la chanteuse Aaliyah) se sont mis à adopter ce type de pantalons laissant une grande liberté de mouvement. Les rappeurs eux, osent désormais des fut' moins larges que dans le passé, mais le sagging est plus que jamais de rigueur.

Malgré ces petites variations, aujourd'hui encore baggy rime avec street culture.