Le denim selvedge, c'est quoi ?

13 Jan 2016
aujourd-hui-un-jean-selvedge-n-est-pas
Aujourd'hui, un jean selvedge n'est pas la garantie d'une toile denim de qualité.
Les denim addicts vouent un véritable culte aux jeans selvedge. Mais que peuvent bien avoir ces jeans de si particulier ?

Selvedge, un nom savant qui en laisse plus d'un perplexe. Et pourtant, le concept de jean selvedge n'a rien de nouveau et encore moins d'inaccessible. Son prix, en revanche, peut grimper. Malgré ça, il connaît un regain d'intérêt chez les accros au denim. Mais le jean selvedge mérite-t-il sa réputation d'or bleu ? Un bref coup d'oeil à l'histoire de cette technique de tissage devrait répondre à toutes nos questions.

Une technique vieille comme le jean

On parle à tort de toile japonaise pour faire référence au denim selvedge, mais techniquement, cette méthode de tissage n'a pas grand-chose de nippon. Elle a vu le jour aux Etats-Unis en même temps que les premiers jeans, à la fin du XIXe siècle. Avant toute chose, commençons par une petite explication sémantique. Le terme selvedge n'est autre que la contraction de "self-edge" en anglais, qui signifie que le tissu comporte un liseré de fil empêchant les bordures de s'effilocher. Les métiers à tisser de l'époque, de marques européennes, produisaient une toile sergée extrêmement solide. On obtenait ainsi de longues laizes de tissu, avec une largeur de 75 cm seulement. Grâce à cela, on retrouvait le renfort de fil au niveau des coutures latérales des jambes en retournant le jean sur l'envers.

Dès le départ, les jean makers utilisaient une couleur signature pour finir les bords de leurs pantalons en denim (rouge, jaune, vert, etc.), pour rendre leurs jeans facilement identifiables.

Le jean, victime de son succès

L'expansion du marché du denim après la Seconde Guerre mondiale et la médiatisation de la toile bleue, dans le 7e art notamment, provoquèrent sa démocratisation. Les ventes explosèrent, obligeant les jeanners à produire plus. Ils durent alors renoncer à leurs petits métiers à tisser pour des modèles plus imposants qui leur permettaient d'accélérer la cadence de production. On perdit alors légèrement en qualité au bénéfice de la quantité.

C'est à cette période-là que les Nippons décidèrent de mettre la main sur les métiers à tisser dont les Américains se séparaient, et notamment ceux de Levi's. Les Japonais adoptèrent alors le fil rouge, le même que celui présent sur les jeans de la célèbre marque.

Pourquoi le jean selvedge vend encore ?

Dans le passé, la qualité supérieure des jeans selvedge n'était pas uniquement due aux meilleures finitions des extrémités. Le tissage lui-même était plus dense et plus lourd, ce qui rendait cette toile denim plus résistante.

Du coup, les anciens métiers à tisser restent des objets de convoitise, que les jean makers du pays du Soleil Levant s'arrachent. Et quelque part, on peut remercier nos amis Japonais de faire perdurer le savoir-faire ancestral du denim, même si on le sait désormais : un bon jean n'est pas forcément selvedge. De nos jours, le selvedge n'est plus systématiquement synonyme de qualité. Premièrement parce que des marques d'entrée de gamme savent imiter cette technique sans pour autant utiliser de la toile de grande qualité pour confectionner leurs pantalons en denim. Deuxièmement, des jeanners de haut vol choisissent de créer des pièces au look volontairement effiloché, pour le style, car l'effet vieilli plaît aussi aux consommateurs.

Verdict, le selvedge, on aime bien, mais ça ne doit pas virer à l'obsession !