Le jean et le mythe des cow-boys

4 Déc 2015
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Bien avant les modeux, les cow-boys de la pop culture avaient saisi le potentiel du blue-jean.
Même si des stars comme James Dean et Marlon Brando ont popularisé le denim, ce sont les héros des films de western qui ont fait du jean un vêtement mythique.

Il y a un fond de vérité dans le mythe du cow-boy en jean. Si Hollywood s'est chargé de glamouriser l'image de ces garçons de ferme, c'est l'histoire qui a fait d'eux des symboles chers à l'Amérique. A la seconde moitié du XIXe siècle, les vachers comme les chercheurs d'or et autres travailleurs manuels avaient besoin de vêtements d'une grande robustesse pour mener à bien leurs missions. Et quoi de plus indiqué qu'un bon jean en toile 100% coton !

Sous leur apparence de bad boys, les authentiques cow-boys étaient en fait des hommes vivant à la dure qui s'occupaient de leur bétail. Avec leurs vêtements d'ouvriers, leur métier peu considéré et leur fort accent de la campagne, on ne peut pas dire qu'ils étaient adulés. On est très loin de l'image du héros partant à la conquête de l'Ouest, véhiculée par le cinéma américain. C'est avec l'avènement du genre western que ces hommes en jean sont devenus des icônes.

L'image fantasmée du cow-boy à Hollywood

Si l'image du cow-boy charismatique, avec son jean et son chapeau, est ancrée dans les moeurs, c'est en grande partie grâce à sa représentation dans la culture populaire.

Les premiers cow-boys au cinéma

Hollywood s'est attaché à mettre en scène les aventures d'hommes aux allures de cow-boys dès le début du XXe siècle. Mais ce genre cinématographique connaît un véritable essor dans les années 1930, sous l'impulsion de réalisateurs de légende, à l'image de John Ford. On a alors pris l'habitude d'appeler ces hommes du Far West des cow-boys, mais dans le 7e art, ce ne sont pas de traditionnels garçons vachers qui sont représentés. Au cinéma, "cow-boy" devient un terme générique, une dénomination basée sur un look identifiable, dont le jean est la pièce maîtresse, et non sur un métier.

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Allez, on enfile notre jean pour partir à la conquête de l'Ouest !

Le renouveau du genre et l'ère du western spaghetti

Après une première vague de westerns muets au début du XXe, une seconde s'étendant de la fin des années 1930 jusqu'aux années 1950 fait émerger le parlant. Elle séduit le grand public grâce à des films devenus cultes, tels que "Rio Grande" ou "Le Train sifflera trois fois", en plein âge d'or hollywoodien. Lors de cette période dite classique, le genre est à son apogée et devient une valeur sûre du cinéma américain. Mais à la fin de la décennie, il a besoin de se renouveler. Ce sont les Italiens qui s'y collent dans les années 1960 et 1970, inventant ce qu'on appelle le western spaghetti. Des réalisateurs comme Sergio Leone, à qui on doit la Trilogie du dollar (à partir de 1965) ou encore "Il était une fois dans l'Ouest" (1968), se chargent d'assurer la relève et de faire vivre le mythe. On y retrouve des acteurs emblématiques tels que Clint Eastwood, toujours vêtu d'un jean et les yeux bleus défiant ses adversaires, sur une musique signée Ennio Morricone. Dans le genre charismatique, difficile de faire mieux.

Cow-boy et denim : une association hautement artistique

On aurait tort de se limiter au cinéma, car sur papier, on a aussi Lucky Luke dans le genre cow-boy qui en impose, fidèle à son blue-jean depuis 1947. Ce personnage cultive l'image du cow-boy solitaire auprès des tout petits qui, en grandissant, veulent toujours et encore porter le même pantalon que l'homme qui tire plus vite que son ombre. En fait, la pop culture a réécrit l'histoire pour faire de ces mecs ordinaires de véritables héros.

L'archétype du cow-boy est un homme aussi robuste que son jean, prêt à braver une nature difficile et des ennemis déterminés. C'est un justicier solitaire, doté d'une aura sans égal. Dès qu'il franchit les portes battantes des saloons, tout le monde l'observe, le sonde. La tension est palpable parce que notre fameux cow-boy est du genre bagarreur ; c'est même un excité de la gâchette, prêt à dégainer dès qu'on contrarie ses principes. De John Wayne dans "La Conquête de l'Ouest" (1962), réalisé notamment par John Ford ou Henry Hathaway, à Jamie Foxx dans "Django Unchained" (2012) de Quentin Tarantino, le cow-boy a mille visages et il traverse les époques. Si Django se la joue plus classe avec son pantalon en velours côtelé, d'autres sont restés fidèles au jean. C'est le cas de Daniel Craig et d'Harrison Ford dans "Cowboys & Envahisseurs", un film de Jon Favreau sorti en 2011. De quoi raviver le mythe du cow-boy intrépide, ne quittant jamais son blue-jean acheté pour une poignée de dollars. A partir de là, le denim symbolise la liberté, l'indépendance, la droiture. Mieux, l'authentique denim impeccablement riveté devient le vêtement qui rend la conquête du monde possible.

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Pour mater les gangsters des saloons, mieux qu'un flingue : un bon vieux jean brut !

La démocratisation du denim façon western

Après s'être imposé au cinéma et jusque dans les pages des bandes dessinées de notre enfance, le denim esprit western a conquis la mode pour devenir un basique de nos penderies.

La mode saisit le dossier denim made in Far West

L'obsession du denim dans le style western est telle que certaines griffes en font leur marque de fabrique. A travers leurs pubs, quelques jeanneurs surfent sur le concept du cow-boy. L'esprit de l'Ouest américain s'inscrit dans l'ADN du jean de nos marques préférées. La fashion sphère s'empare du phénomène... à commencer par l'édition américaine de Vogue qui sort, en 1935, un numéro titrant "True Western chic was invented by cow-boys". Le jean revu à la sauce Far West devient un vêtement au fort potentiel mode, tout en s'éloignant de son image d'origine, celle d'un habit pratique destiné aux ouvriers.

Dans les années 1950, le crooner Bing Crosby propose sa vision de la toile bleue en popularisant le look de cow-boy à la ville. Chapeau vissé sur la tête et santiags aux pieds, il assure le show. En bon précurseur du double denim, il donne ses concerts, habillé de son costume sur mesure en toile denim. Inévitablement, ses fans reproduisent son look de héros de western endimanché.

Les femmes expriment la part de cow-girl en elles

Si le cinéma a érigé les cow-boys au rang de symbole de l'"American way of life", il doit alors rattraper son retard auprès des femmes, jusque-là cantonnées à des rôles secondaires, très glamour mais plutôt niais. On a ainsi droit à la version revancharde dans "Mort ou vif" (1994) de Sam Raimi, avec une Sharon Stone plus remontée que jamais, ou à la touche d'humour dans "Bandidas" (2006) avec Penélope Cruz et Salma Hayek. Le dénominateur commun entre ces rôles ? Des femmes sexy ayant soif d'émancipation, que vient symboliser leur look de cow-girls, en jean évidemment ! Ah, elle est loin l'époque où Raquel Welch et Sophia Loren, encombrées par leurs énormes jupons, ne pouvaient pas prendre part à l'action. En tout cas, les femmes qui s'emparent du western achèvent de démocratiser l'image des cow-boys et cow-girls accros au denim. Le grand public en redemande et on voit, petit à petit, ce look rebelle s'installer dans les dressings.

Aujourd'hui encore, on sait qu'on vise juste en misant sur un blue-jean, une paire de santiags et un ceinturon, à la Taylor Swift et consorts. Il suffit d'ajouter quelques pièces un peu moins premier degré à notre tenue pour ne pas avoir l'air déguisé en star de la country et on est au top. On ne part peut-être pas à la conquête de l'Ouest avec ce look, mais ça en jette !