Le jean : l'histoire d'un pantalon pas comme les autres

8 Déc 2015
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Avant d'atterrir sur les stands de nos marques favorites, le jean en a vu de toutes les couleurs depuis 150 ans !
Depuis 150 ans, le denim rythme nos vies. Dans la rue, dans les médias, il est omniprésent. On l'aime pour son look de bad boy de la sape, mais aussi parce qu'il va avec tout. Tiens ! Mais au fait, sait-on d'où vient le jean ?

Quand on est mordu de jean, c'est bien de savoir d'où vient ce vêtement mythique. Accessoire de mode, impact permanent sur la culture, pour témoigner notre amour à la toile denim, on s'imprègne de son histoire.

Les origines du denim : le jean dans tous ses Etats

Quand on regarde son jean, on regarde une toile bien plus vieille que nous ! Et qui a roulé sa bosse dans le monde...

Le mythe du jean né à Gênes

Si on en croit la légende, le jean viendrait de Gênes, au nord de l'Italie. Au XVIe siècle, la ville de Gênes, qui se dit Genova en italien et Zena en ligurien (langue locale), a un statut autonome. Elle est alors l'un des plus grands ports d'Europe ; les marchandises venues de l'autre bout du monde y transitent. C'est dans ce contexte prospère que la toile de Gênes, conçue pour créer les voiles des bateaux et l'habillement de leurs équipages, aurait connu un essor inattendu...

Sauf qu'en réalité, le jean vient de la toile de coton mélangée à du lin ou de la laine pour créer la futaine (un tissu porté par les pauvres). Cette étoffe grossière, d'abord produite par les Italiens, s'exporte en Angleterre, par le port de Gênes, d'où le nom de "jean" ou "jeane" (prononciations anglaises de Gênes). Voilà comment casser le mythe en un rien de temps !

Levi Strauss flaire le bon filon aux Etats-Unis

Un Bavarois du nom de Levi Strauss flaire le bon filon en 1853. Il se lance dans la commercialisation de pantalons et de salopettes faits à partir de la toile de laine et de lin composant des bâches et des tentes fabriquées en Nouvelle-Angleterre. Ce textile épais ne ressemble pas encore au jean que nous connaissons. Sa couleur bleue appartient à un futur proche et, en attendant, le jean est brun.

A partir des années 1860, il allège la toile de jean pour en faire ce qu'on appelle le denim, à base de coton, en s'inspirant de la technique du serge de Nîmes, une méthode de tissage venue du Sud de la France. C'est à partir de ce moment que la teinture indigo devient la norme. Un Allemand empruntant un tissu italien utilisé en Angleterre, pour le travailler à la française et le vendre aux Etats-Unis, on peut dire que c'est cosmopolite !

Ce qu'il faut retenir ? Si, aujourd'hui, on emploie jean et denim comme des synonymes dans la langue courante, en réalité le denim est une version allégée du "jean", qui était à peu de choses près déjà utilisée au Moyen-Âge.

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Chercheurs d'or, cow-boys et autres travailleurs, tous ont succombé à la toile bleue

La ruée vers l'or bleu

Les ouvriers sont les premiers à adopter le denim

Dès les années 1850, les chercheurs d'or et autres mineurs, ainsi que les vachers et plus généralement les fermiers deviennent des inconditionnels du jean. Idem pour les esclaves dans les champs de coton. En gros, les travailleurs sont tous en denim. Pourquoi ? Car il est réputé pour son extrême solidité, pouvant durer une vie entière, et sa résistance aux conditions climatiques difficiles est inégalable. Un vrai bleu de travail ! Les gars ont capté le potentiel hors norme de ce tissu ultra robuste. Ce qu'ils ne réalisent peut-être pas encore, c'est le potentiel mode du jean.

Pour la petite histoire, les jeans des cow-boys comportent déjà une poche ticket, ou poche gousset, pour y ranger... leur montre à gousset !

Le jean se perfectionne

1871 sonne l'apparition des rivets de cuivre. Devenues emblématiques, ces petites pièces de métal sont introduites par un tailleur, Jacob Davis, désireux de renforcer les coutures de ses créations en denim. Il fait la rencontre de Levi Strauss et, ensemble, les deux hommes déposent un brevet pour leur jean à poches rivetées, le brevet #139.121 de 1873. Toujours sous la marque Levi Strauss & Co, les jeans se parent d'une double surpiqûre de fil orange sur les poches, et d'un patch en cuir à la ceinture, pour garantir leur authenticité. Ok, jusque-là Levi's a le monopole du denim, mais la concurrence s'apprête à passer à table !

Au début des années 1900, le jean obtient sa cinquième poche, à l'arrière (en effet, on récapitule : deux poches à l'avant dont celle de droite avec une poche à gousset et une poche à l'arrière car jusqu'alors, le jean avait une fesse privée de sa cavité). Puis, en 1922, les premiers passants de ceinture font leur apparition pour répondre aux nouvelles habitudes des Américains, qui délaissent de plus en plus les bretelles.

Avec le succès du jean, de nouveaux acteurs apparaissent sur le marché et perfectionnent le denim. Après s'être imposé sur le secteur du jean à partir de 1911, avec ses vestes en jean et ses "union-all", des combinaisons en denim, Lee repousse les limites de la qualité en 1924. La marque signe la création d'une toile très résistante de 13 oz (l'unité de poids utilisée pour le denim, sachant qu'un oz équivaut à 28,4 grammes), soit trois de plus que Levi's. Pour l'anecdote, le record est battu par les Japonais d'Edwin en 1963, avec un jean de 16 oz ! Pour comparer, aujourd'hui, la toile de 13 oz s'est démocratisée, aux côtés des modèles affichant 11 ou 12 oz. Enfin bref, revenons-en à nos moutons !

En 1926, Lee conçoit le premier jean avec braguette zippée, pour remplacer les boutons. Mais la grande révolution, c'est pour 1934, avec l'arrivée du premier jean pour femme !

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Ambiance pin-up, rock'n'roll ou Far West, le jean fait craquer le 7e art.

Les années 1950, entre tradition et modernité

Dès le milieu du XXe siècle, le jean dépasse le cadre populaire pour devenir un objet pop à part entière.

Le jean de cow-boy fait son cinéma

Dès la fin des années 1940, les dessinateurs de BD affectionnent le jean, jusque dans leurs les vignettes qui racontent les aventures de leurs héros. N'est-ce pas Lucky Luke ? Mais ce n'est que le début du denim façon Far West dans la pop culture. Wrangler réalise sa première collection de vêtements destinés aux cow-boys américains en 1946, surfant sur le revival de l'esprit Far West. Au cinéma, les westerns font recette dès le début des années 1950 et, forcément, ça inspire la culture populaire. Les gens veulent s'habiller comme leurs stars préférées, de John Wayne dans "Rio Grande" à Marilyn Monroe (de son vrai nom Norma JEANe Baker) dans "Rivière sans retour".

En 1955, James Dean crève l'écran dans "La Fureur de vivre". Les jeunes filles vouent un véritable culte à sa gueule d'ange. Les hommes s'empressent de copier son style de rebelle à toute épreuve. Il s'érige au rang d'icône et fait du denim son uniforme et, avec lui, celui des blousons noirs, ces kids un peu voyous blacklistés des écoles américaines. Dans le genre "rebel at heart", les femmes veulent leur part du gâteau ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles ont pris la relève dans les usines pour l'effort de guerre. Par conséquent, elles ont, elles aussi, besoin de pantalons solides et pratiques. Dans les années 1950, Lee Cooper, griffe britannique fondée en 1908, provoque une onde de choc en créant le premier jean pour femme avec une braguette zippée. Il fallait oser !

"Je n'ai qu'un regret, ne pas avoir inventé le jean."

Yves Saint Laurent

Le made in Japan fait perdurer la tradition

Dès 1951, les puristes nippons du denim s'approprient les codes du jean made in USA. Ils se mettent alors à produire du selvedge, en rachetant les anciens métiers à tisser américains, datant des années 1930 ou 1940. Ils se lancent à leur tour dans la production de jeans de qualité, faits d'une toile rigide extrêmement solide, renforcée aux extrémités par les fameuses coutures selvedge. Ces barrières de fil régulier cousu de façon très serrée deviennent le symbole du denim premium.

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La jeunesse des années 1960 et 1970 a soif de liberté... et de denim.

L'art des sixties modèle une nouvelle vision du denim

Muses et bad boys, tous en denim !

Outre-Manche, Lee Cooper devient la marque préférée des mods, ces fans de jazz ayant construit leur propre mouvance musico-culturelle à London. Pendant ce temps-là en France, on a Serge Gainsbourg et ses muses, Brigitte Bardot et Jane Birkin. Tous ne voient la vie qu'en blue-jean. Forcément, les soixante-huitards sont tous en denim. Et avec l'émancipation sexuelle des années 1960, les femmes obtiennent un jean unisexe, avec la même braguette que les hommes. Avant cette étape-clé, le denim féminin était équipé d'un zip sur le côté.

L'art moderne craque son jean

L'art moderne ouvre de nouveaux horizons au denim dans les années 1960. Les nouveaux réalistes et les maîtres du pop art intègrent le blue-jean dans leurs créations. De César à Andy Warhol, en passant par Peter Blake, ils cèdent tous à ce tissu devenu culte. Après tout, quoi de plus logique pour une toile que d'être peinte ?

Fort de son impact sur les arts graphiques, le jean commence à vouloir prendre des couleurs. Fini le brut réglementaire ! Il se fait blanc, rouge, noir, etc. On a l'impression que, lui aussi, veut se la jouer arty.

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Rebel at heart, ou comment la toile denim est devenue synonyme de rébellion

Le jean devient le symbole de ralliement d'une jeunesse à l'état brut

Le denim en signe de protestation

Les hippies s'emparent, eux aussi, du jean dans les sixties. Ils affirment leur liberté en le décorant pour aller avec leurs fringues peace and love. Perles et broderies donnent au denim des allures multicolores venues d'un autre monde. En plus de ses fantaisies, il s'évase en bas comme pour bien se planter dans le sol, et dans la culture mondialisée. L'époque des jeans bruts ultra sobres semble loin derrière. Le patte d'eph' reste tendance jusque dans les années 1970. D'un côté il y a les accros au disco, et de l'autre, les protestataires, transformant leur pantalon en revendication politique dans un monde sous tension. Ils s'opposent à la Guerre du Vietnam à grand renfort de fleurs et de slogans engagés.

Dans un même élan de liberté, le jean taille basse arrive en grande pompe et sexualise à fond la toile denim. On le porte ultra moulant, surtout la communauté homosexuelle de l'époque.

Quand musique et jean vont de pair(e)

A la fin des années 1970, on voit émerger un nouveau style musical terriblement urbain aux Etats-Unis. Le hip hop envoie du gros son, et en baggy s'il vous plaît ! Ce denim XXL inspiré de l'uniforme des prisonniers fédéraux des US fait un carton auprès des rappeurs et des danseurs issus de la street culture. Peu à peu, les coupes de jeans pour homme et pour femme évoquent des styles musicaux de plus en plus marqués. On s'habille comme nos idoles pour montrer notre appartenance à un courant. Et ça ne se dément pas au cours des décennies suivantes. On commence par Bob Marley et ses flares, portés plus loose que les grands noms de la folk (hein, les Beatles), puis on a la vague grunge des années 1990, qui use la toile denim comme jamais auparavant. De Kurt Cobain à Sid Vicious en passant par les boys bands, personne n'échappe à l'emprise du jean. Il se porte déchiré, griffé, arraché, un brin trash et plus cool que jamais. Aujourd'hui, on peut remercier April 77, qui incruste même une mini poche en cuir pour le mediator des guitaristes dans ses jeans résolument rock.

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Dans la rue comme sur les podiums, le jean est incontournable. LE must-have mode par excellence.

La mode se met au denim

Les couturiers s'arrachent le jean

Marithé et François Girbaud font figure de pionniers lorsqu'ils inventent le stone wash en 1972. Ce procédé de délavage à la pierre ponce est encore utilisé pour donner l'illusion d'un vieillissement naturel de la fibre. Sept ans après les débuts du stone wash, ils lancent leur baggy, alors que la mode est au jean "cigarette", un straight ajusté. S'il était jusque-là un vêtement subversif, associé aux classes populaires et aux jeunes gens du genre contestataire, le jean connaît une petite révolution dans les années 1980. Les maisons de mode les plus prestigieuses lui font de l'oeil et finissent par l'intégrer à leurs collections. Il grimpe l'échelle sociale pour devenir ce qu'il est encore aujourd'hui : un habit que tout le monde possède ! Calvin Klein Jeans se paye les mannequins les plus en vue de la planète pour des pubs qui font monter la température. Merci Kate Moss et Mark Wahlberg en 1992 !

Mais le jean ne se contente pas de la télé, il veut s'inviter sur les podiums. Il est précieux entre les mains de Karl Lagerfeld chez Chanel. Idem chez Jean-Paul Gaultier, qui n'hésite pas à créer des robes chic en denim, alors qu'Alexander McQueen le travaille en patchwork pour un effet déstructuré.

La vague du denim italien

En 1999, Marithé et François Girbaud refont parler d'eux en réalisant un véritable tour-de-force avec l'invention du "Blue Eternal". Issue des expérimentations des deux créateurs, cette technique modifie la molécule de l'indigo pour la rendre inaltérable au lavage. Oui, vous avez bien lu ! Connu et adulé pour sa patine acquise avec le temps ou par des techniques de délavages industrielles, le jean peut enfin conserver sa couleur bleue intense d'origine. Mais ça tombe mal car, dans les années 2000, les Italiens réinventent les codes du denim, dans une décennie où on ne se refuse aucune excentricité. C'est l'heure de gloire du délavage ! Kaporal s'installe sur un créneau alors inoccupé : celui des jeans de bonne qualité à prix accessible. La griffe marseillaise fait ainsi ses armes en proposant des modèles savamment used et délavés, pile dans la tendance. A cette période, le jean règne en maître. Les stars le portent en double denim, c'est-à-dire en superposant les pièces en jean, ou carrément de la tête aux pieds sur tapis rouge. Eh ouais, Britney et Justin, c'est à vous et vos looks so blue-jeans de 2001 qu'on pense !

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La passion denim ne connaît aucune limite, si bien que le blue-jean fait pleuvoir les records.

Qu'en est-il du jean aujourd'hui ?

Le jean, objet du désir

Depuis les années 1980, le jean s'est installé dans nos dressings pour devenir un équivalent unisexe de la petite robe noire. Tout le monde le porte, chacun à sa façon. Désormais, il rime plus avec mode qu'avec revendications politiques et identité sociale. Mais à la différence de la petite robe noire, le jean s'encanaille. L'heure est aux délavages industriels. On n'a plus besoin d'user son denim en le portant des mois durant, on peut compter sur les jeanneurs pour lui donner un aspect used. Tous les courants de mode se le sont approprié, multipliant les coupes et les styles de jeans. Peu à peu, il a gagné les différentes strates de la société, sans jamais renier ses origines populaires. A l'exception, peut-être, d'un modèle signé Escada incrusté de cristaux Swarovski, vendu 10 000 dollars. Avec ça, il est entré dans le Livre Guinness des records en 2012 car il s'agit du jean le plus cher du monde...

Aujourd'hui, on compte environ sept jeans par personne dans le monde. Il fait partie des rares vêtements, avec certaines vestes en cuir et tennis montantes, qui transcendent les générations et les classes sociales. Tout le monde ou presque porte des jeans et ce n'est pas près de s'arrêter si l'on se fie à la bonne santé du marché du denim à travers le monde ! A vrai dire, il est en croissance depuis dix ans, et c'est même le marché de l'habillement le plus dynamique d'Europe. Le culte du denim est tel que Kaporal a passé le cap du million de jeans vendus en 2013. La preuve qu'on est accro !

L'ère des vêtements connectés passe par le denim

En 2015, toujours dans l'air du temps, Kaporal s'associe à deux Français, fondateurs de Buzcard. Les deux entreprises conçoivent ensemble un jean équipé d'un QR code reliant les gens entre eux, par le biais de leur carte de visite digitale. Ce denim trendy saute dans le train en marche des vêtements connectés, avant même que d'autres grands noms du blue-jeans ne se lancent dans l'aventure.

C'est peut-être Yves Saint Laurent qui a le mieux résumé l'influence du denim sur nos vies, en disant : "Je n'ai qu'un regret, ne pas avoir inventé le jean."