Le jean, un symbole de rébellion

11 Mai 2016
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Bien porter un jean, c'est aussi une question d'attitude.
Tout le monde porte un jean aujourd'hui, du Président des Etats-Unis à l'ouvrier qui travaille à l'usine. Cette pièce est devenue universelle. Mais avant de se populariser, le pantalon en denim était un objet de rébellion issu d'une culture anticonformiste. Comment s'est-il transformé ?

Si le jean est un basique que l'on porte déésormais en toutes occasions, cela n'a pas toujours été le cas. À travers les époques, le pantalon en denim a parfois eu mauvaise réputation.

Le jean, accoutrement des Beatniks

Les années 1940 voient naître un mouvement contestataire baptisé Beat Generation. Ses membres (des écrivains et des artistes pour la plupart), dont Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs en tête de file, prônent un mode de vie libertaire. Ils rejettent en bloc toutes formes de conventions. Provocateurs, ils refusent de travailler (du moins d'avoir un job stable), affichent leur homosexualité ou une sexualité libre (ils sont d'ailleurs considérés comme les précurseurs de la liberté sexuelle), fument des cigarettes et s'enferment dans des paradis artificiels. Ils se distinguent par leurs looks composés de lunettes noires, de pulls à col roulé, de bérêts et de pantalons en denim. Autant dire qu'ils dénotaient par rapport aux autres hommes habillés en costume ! Le jean devient l'étendard de ce petit cercle de contestataires.

Le jean, signe distinctif des mauvais garçons

Le jean n'a jamais eu aussi mauvaise presse que dans les années 1950. En cause : une partie de la jeunesse américaine s'insurge contre les codes puritains véhiculés par leurs parents. Ils prennent exemple sur des icônes du rock'n'roll, à l'image d'Elvis Presley dont les déhanchés scandalisent l'Amérique bien pensante. Ils s'inspirent également de quelques stars du cinéma incarnant des loubards sur grand écran. On pense notamment à Marlon Brando dans "L'Equipée sauvage" qui interprète Johnny Strabler, le meneur de la bande des Rebelles noirs et à James Dean dans "La Fureur de Vivre" qui est le porte-parole d'une jeunesse en crise.

C'est aussi dans les fifties que les clubs de motards commencent à se populariser. Ces costauds au look identitaire dictent leurs propres codes et ne se plient à aucune règle. Sur leur Harley-Davidson, ils portent un vieux 501 usé et graisseux retroussé sur des bottes en cuir. Pour le haut, un blouson en cuir ou une veste en denim sans manche qui laisse apparaître leurs tatouages. Les ados souhaitant se démarquer des "fils à papa" en costume et raie sur le côté empruntent l'uniforme de ces bikers : regular roulotté sur les chevilles et perfecto. Considéré comme un vêtement de voyous, le jean est alors interdit dans certaines écoles américaines.

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Le jean, adopté très vite par les bikers, était un signe de contestation.

Mai 68 : le jean, vêtement de propagande

Dans les années 1970, un nouveau courant fait parler de lui : le mouvement hippie. Rejetant la société de consommation, l'individualisme et le conformisme, ces hommes et ces femmes adoptent une silhouette pour le moins haute en couleurs. Pour affirmer leurs différences, ils portent les cheveux longs (à l'inverse des crânes rasés arborés par les soldats durant la guerre du Viêt Nam), des pièces colorées contrastant avec les costumes sombres des hommes d'affaires et surtout, le jean. Après tout, quoi de mieux qu'un vêtement d'ouvrier, aussi populaire que bon marché pour revendiquer un rejet du capitalisme ? Pour affirmer leur singularité, ces derniers vont encore plus loin : ils customisent leurs pantalons en denim. On trouve alors des pattes d'eléphant délavés, troués ou brodés. Le pantalon en denim leur sert à transmettre des messages tels que "Faites l'amour, pas la guerre" ou encore "Peace and love" lors de manifestations. Toujours dans cette idée de ne pas trop consommer, les jeans sont portés jusqu'à usure totale, puis gardés précieusement en souvenir de leur révolte.

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C'est aux hippies que l'on doit nos customisations de jeans.

Le symbole d'une mode unisexe

Le denim appelle aussi à la l'émancipation de la femme. Longtemps réservé aux hommes, le pantalon en toile bleue rejoint peu à peu les dressings féminins. La sortie du premier jean pour femme imaginé par Levi's et baptisé "Lady Levi's®" en 1934 fait d'ailleurs l'effet d'une bombe. Considéré comme un vêtement progressiste et avant-gardiste (c'est une véritable révolution pour l'époque), le pantalon en denim s'impose doucement mais sûrement dans le dressing de la gente féminine. Ce mood mode est accentué par Yves Saint Laurent qui inclut pour la première fois des pantalons dans sa collection Haute Couture en 1966. Dans les nineties, les femmes sont aussi nombreuses que les hommes à porter du denim et une mode unisexe se propage. Désormais, enfiler un jean est devenu un geste du quotidien... et c'est tant mieux.