Lil Buck : « Ce que je porte en dit long sur moi »

1 Jan 2016
En l'espace de cinq ans, Lil Buck est devenu une superstar de la danse. Son style, le jookin, mêlant éléments de street dance et pas de classique, a séduit la terre entière. Du coup, on lui a tiré le portrait pour en savoir plus sur ce phénomène venu de Memphis.

Depuis qu'il a percé sur la toile en 2011, grâce à une vidéo de lui réalisée par Spike Jonze avec un smartphone et postée sur YouTube, Lil Buck déchaîne les passions. Ce jeune danseur américain, ambassadeur du jookin, a collaboré avec les plus grands noms de la scène artistique internationale, du violoncelliste Yo-Yo Ma à Madonna, en passant par Le Cirque du Soleil ou encore Benjamin Millepied et le L.A. Dance Project. Après avoir jooké pour un spot publicitaire de la marque Rag & Bone au côté de Mikhaïl Barychnikov, l'un des plus grands danseurs classiques de tous les temps, Charles "Lil Buck" Riley a décidé de devenir l'égérie de Kaporal. Portrait.

Peux-tu te présenter ?

Mon nom est Charles Riley, aka Lil Buck. Tout le monde me connaît sous mon nom de scène. Je viens de Memphis, dans le Tennessee, aux Etats-Unis. Ca fait environ 16 ans que je danse tous les jours ; mon style de street dance s'appelle le jookin (ou Memphis jookin, ndlr). C'est une discipline géniale qui se concentre essentiellement sur les jeux de jambes ; c'est mon point fort, j'en suis un peu l'ambassadeur. Si je devais la décrire, je dirais que cela ressemble un peu à du Michael Jackson.

Est-ce que tu as un crew à Memphis ou ailleurs ?

Je fais partie d'un crew de Memphis, baptisé G-Force. Ce sont d'excellentsdanseurs. Il y a beaucoup de troupes à Memphis, mais j'ai aussi mon propre crew à Los Angeles. Entre nous, on s'appelle les NSK (pour New Styles Krew), parce que chacun a son style bien à lui. Dans ma team à Los Angeles, il y a un breaker, des poppers, des jookers : tous les types de danseurs sont représentés. Mais je travaille surtout en solo.

Back to the roots, what made you want to become a dancer at the beginning?

Qu'est-ce qui t'a donné envie de devenir danseur ?

Je crois que j'ai toujours eu ça en moi. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé bouger. J'ai toujours été super énergique, à essayer de danser, même quand j'étais bébé, je sautais dans tous les sens. Tout petit, j'étais fan de Michael Jackson et d'autres gens comme ça qu'on voit à la télé. Je les observais et je dansais ; je regardais les concerts de Michael Jackson avec mes soeurs et on tentait d'imiter ses pas. J'avais déjà conscience d'avoir le rythme dans la peau, mais je ne me suis mis sérieusement à danser qu'à l'âge de 12 ou 13 ans. Je crois que c'est à cette période-là que j'ai découvert le jookin. J'étais à Memphis et j'ai vu ce mec glisser sur un tapis comme sur de l'eau.

Quand tu danses, est-ce que tu déconnectes avec la réalité ?

Oui, pour la plupart de mes performances, je fais le vide. Je me concentre sur mon for intérieur, mon monde à moi, parce que c'est au plus profond que naît la création qu'on offre en spectacle aux autres.

Tu improvises beaucoup ?

La part d'improvisation est très importante car c'est comme ça que je crée pour le public. Je suis plongé dans mes pensées et, ça sonne un peu cliché, mais je me donne aux spectateurs. C'est comme regarder un peintre. C'est comme regarder Picasso peindre (rires) !

Te considères-tu comme un véritable danseur classique ?

Beaucoup de styles de danse ont des points communs. Les danses de salon et le jazz ont des similitudes, par exemple. Dans le cas du jookin et de la danse classique, les deux disciplines se rejoignent sur le plan des jeux de jambes. Pour le ballet, on apprend beaucoup de positions. C'est pareil avec le jookin. Je me considère plus comme un steet dancer, comme un artiste du mouvement même. J'essayer de maîtriser le mouvement, de ne pas le limiter à un style ou à une façon de bouger mon corps. La danse classique est plus traditionnelle ; on sait ce qu'on veut faire et comment s'y prendre, alors que le jookin est plus libre. Par moments, on ignore ce qu'on va faire et on se laisse porter par ce qui nous semble bien, sans savoir de quoi on a l'air. En ce sens, ces deux disciplines sont diamétralement opposées. Et j'essaye de les réunir, donc on peut dire que je suis une fusion de la street dance et du classique. Mais je me considère plutôt comme un artiste du mouvement dans sa globalité.

Comment résumerais-tu ton inspiration, dans la vie en général et dans la danse ?

Je m'inspire de mes pairs, ceux avec qui j'ai commencé la danse et qui restent inconnus du grand public. Les gens sont souvent influencés par les popstars qui dansent, comme Michael Jackson ou Usher. J'ai moi-même été marqué par Michael Jackson mais ceux qui comptent le plus pour moi sont les gens qui m'ont appris le jookin à Memphis. Ils nourrissent une telle passion pour la danse, c'est rare. Ils pratiquent toute la journée, littéralement, la danse est leur vie.

Te soucies-tu de ton style vestimentaire ?

En fait, les vêtements sont importants pour le mouvement, quand on danse. Dans la culture de la danse, quand tu es bien habillé, tu te sens bien. Et quand tu te sens bien, tu donnes le meilleur de toi-même. Tes performances sont au top, parce que tout ça n'est qu'une histoire de feeling, d'émotion. Alors quand tu te dis "Je suis bien sapé aujourd'hui, j'ai hâte de danser dans ses boots et avec ce nouveau jean que je me suis acheté", tu as confiance en toi et ça se voit à ta manière de danser. Je m'amuse beaucoup avec mes vêtements, je les utilise comme des accessoires, ils sont comme une extension de moi. Les tenues que je choisis d'arborer sont une prolongation de mes mouvements. Ce que je porte en dit long sur moi.

Propos recueillis par Martial Schmeltz à Los Angeles en mars 2015.